Dernière mise à jour : mardi 19 juillet 2016 - 7:12

Il est temps que le Maroc réintègre l’Union africaine

بتاريخ 19 Juil, 2016 - بقلم Redaction

*Le Royaume est incontournable pour le développement du continent  *Une fondation pour les échanges entre les deux rives de la Méditerranées en préparation

Un vibrant hommage a été rendu samedi dernier à Gilles Pargneaux, député européen et président du groupe d’amitié Union européenne-Maroc, en marge de la 10e édition du festival international du rai d’Oujda, organisé du 16 au 23 juillet. Pargneaux a reçu un prix de  reconnaissance pour son engagement en faveur de la culture. Le député  a accordé à L’Économiste une interview dans laquelle il explique l’importance du Maroc pour l’Afrique. Il y revient également sur le rôle de la culture pour déjouer la montée des nationalismes et assurer la cohésion sociale. 

– L’Économiste: Vous êtes un fervent défenseur de la cause marocaine, comment appréhendez-vous le retour du Maroc à l’Union africaine?

– Gilles Parneaux: SM le Roi Mohammed VI a écrit à l’Union africaine pour réintégrer ce groupement continental. Je pense que c’est une bonne chose pour deux raisons. La première  réside dans le fait que le Maroc est devenu un hub économique pour l’Afrique. Bon nombre d’échanges économiques entre l’Europe et l’Afrique, ou entre pays africains, se font à partir du Maroc.  Lorsque j’ai assisté à la cérémonie d’investiture du président malien, SM le Roi Mohammed VI était présent, ainsi que d’autres présidents. Et c’est là que j’ai palpé la popularité de ce Roi qui porte en lui le souci de la jeunesse africaine. Le Mali comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire et d’autres pays se rendent compte que leur développement se fera  avec l’implication du Maroc. Par ailleurs, SM le Roi est le commandant des croyants du rite malékite, un Islam du juste milieu. Là aussi, le Royaume peut former des imams qui prônent la tolérance et une meilleure interprétation des textes. Ces deux atouts font du pays un acteur incontournable en Afrique.

– Vous venez de recevoir un prix de reconnaissance pour vos services rendus à la culture, quels enseignements tirez-vous de cet hommage?

   – C’est une joie immense que d’être honoré par mes amis de l’Oriental et l’association Oujda-Arts. L’art est devenu un support médiatique pour marketer les richesses immatérielles. De même, la culture peut être un vecteur économique important. En France, par exemple, en termes de PIB, la culture pèse sept fois plus que l’industrie automobile. Le Maroc est censé emprunter ce même chemin pour réussir son développement.

 En tant que membre de l’Union pour la Méditerranée, je travaille sur le montage de partenariats entre les deux rives. Le but est de permettre aux Marocains, mais aussi aux Africains, de développer des politiques culturelles à effets économiques et sociaux. C’est ce qui se passe dans l’Oriental,  grâce à la volonté de SM le Roi Mohammed VI, qui a permis à cette région de vivre une renaissance dans plusieurs domaines. La culture en fait partie.

– En ces moments difficiles après l’attentat de Nice, comment la culture peut-elle faciliter l’entente et éviter les dérapages?

 – Chaque pays dispose d’une stratégie de développement culturel, et c’est dans cette stratégie qu’il faudrait inculquer les valeurs du partage et de la compréhension. C’est ce que j’essaie de faire en travaillant d’arrache-pied pour la création d’une fondation dédiée aux échanges culturels entre villes arabe et européennes. Des villes de la rive sud de la Méditerranée peuvent être désignées, avec d’autres villes européennes, comme capitales de la culture pour deux ans. Une opportunité pour consolider les échanges d’habitants, d’acteurs et d’activités culturelles. Ma proposition est d’initier des actions communes qui concerneront le développement de l’audiovisuel, le numérique et les autres métiers des arts. C’est aussi une solution pour les jeunes qui ont du mal à trouver des débouchés.

– En attendant que cette nouvelle approche prenne forme, comment éviter les amalgames et les stigmatisations?

– Le vivre ensemble est à réinventer via les échanges culturels. Nous avons besoin d’une renaissance du dialogue entre l’Europe et le monde arabe permettant de consolider les cohésions sociales.  Malheureusement, on constate que les nationalismes montent au devant de la scène et assument des responsabilités politiques. C’est le cas en Autriche, Allemagne, Danemark, Pays-Bas et aussi en France. Autant de pays qui doivent permettre une intégration des populations originaires du sud de la Méditerranée au lieu de les stigmatiser.

 Dans un monde en désordre et dans cette lutte que nous devons mener contre le terrorisme, il est important de consolider l’espoir en un futur meilleur pour les jeunes, en développant des actions culturelles qui se transforment en  vecteurs d’emplois. Il y a des dizaines de métiers qui se rapportent aux arts et à l’organisation matérielle des festivals. Notre jeunesse doit en tirer profit.

 Ali KHARROUBI  //  L’Économiste

parneauxLégende : Gilles Pargneaux, député européen, président du groupe d’amitié Union européenne-Maroc: «Le Mali comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire et d’autres pays se rendent compte aujourd’hui que leur développement se fera avec l’implication du Maroc» (Ph. AK)